Commandement de quitter les lieux : délais et suite de la procédure

Le jugement d’expulsion est obtenu, et le locataire est toujours là. Commence alors la phase d’exécution, celle que les propriétaires connaissent le moins et qui décourage le plus.

Commandement de quitter les lieux, délai de deux mois, délais de grâce, trêve hivernale, concours de la force publique : le cabinet CHEMLA AVOCAT, avocat en expulsion locative à Paris, vous guide étape par étape jusqu’à la libération du logement.

  L’essentiel à retenir :

  • Le commandement de quitter les lieux n’est pas le commandement de payer : le premier suit le jugement, le second ouvre la procédure.
  • L’expulsion d’un logement ne peut avoir lieu qu’à l’expiration d’un délai de deux mois suivant ce commandement, sauf mauvaise foi constatée par le juge ou entrée dans les lieux par voies de fait.
  • Le juge peut accorder des délais de grâce, désormais plafonnés à un an depuis la loi du 27 juillet 2023, contre trois ans auparavant.
  • Du 1er novembre au 31 mars, la trêve hivernale suspend l’exécution de l’expulsion, pas la procédure.
  • Si le préfet refuse le concours de la force publique, un décret du 3 novembre 2025 organise désormais l’indemnisation du propriétaire par l’État.

Commandement de payer ou de quitter les lieux : ne pas confondre

Deux actes de commissaire de justice aux noms voisins, séparés par toute une procédure, et que les bailleurs confondent constamment.

Commandement de payer Commandement de quitter les lieux
Quand Au début, avant toute saisine du juge Après le jugement d’expulsion
Ce qu’il demande Le paiement de l’arriéré La libération du logement
Le délai Six semaines pour régulariser Deux mois avant l’expulsion
S’il reste sans effet On assigne devant le juge On demande le concours de la force publique

Si votre dossier en est encore à la première étape, c’est la page consacrée au commandement de payer qu’il faut lire, et plus largement nos recours en matière de loyers impayés.

Ce que le commandement doit contenir

Signifié par commissaire de justice sur le fondement du jugement devenu exécutoire, le commandement ne se résume pas à une sommation de partir. Son contenu est encadré : il doit notamment reproduire, à peine de nullité, les articles L. 412-1 à L. 412-6 du Code des procédures civiles d’exécution, qui informent l’occupant de ses droits.

Un commandement incomplet est annulable, et son annulation oblige à le refaire signifier : le délai de deux mois repart alors à zéro.

Le délai de deux mois, et les cas où il tombe

Lorsque l’expulsion porte sur un lieu habité, elle ne peut avoir lieu qu’à l’expiration d’un délai de deux mois suivant le commandement, en application de l’article L. 412-1 du Code des procédures civiles d’exécution. C’est un délai incompressible dans la plupart des situations, mais il connaît des exceptions que la loi du 27 juillet 2023 a élargies.

  • Le juge peut réduire ou supprimer ce délai, notamment lorsqu’une procédure de relogement n’a pas abouti du fait du locataire.
  • Le délai ne s’applique pas lorsque le juge qui ordonne l’expulsion constate la mauvaise foi de la personne expulsée.
  • Il ne s’applique pas davantage lorsque l’entrée dans les lieux s’est faite à l’aide de manœuvres, de menaces, de voies de fait ou de contrainte, ce qui vise les situations d’expulsion de squatteurs.

Ces exceptions se demandent au juge au moment où il statue sur l’expulsion, pas après : une raison de plus de soigner l’assignation.

Les délais de grâce : d’un mois à un an depuis 2023

L’occupant peut demander au juge des délais pour quitter les lieux, lorsque son relogement ne peut pas avoir lieu dans des conditions normales. Ces délais sont prévus par l’article L. 412-3 du même code, et la demande se porte devant le juge de l’exécution du lieu où se situe l’immeuble.

Leur durée est encadrée : elle ne peut être inférieure à un mois ni supérieure à un an. C’est l’un des apports majeurs de la loi du 27 juillet 2023, qui a ramené le plafond de trois ans à un an. Pour fixer la durée, le juge tient compte de la bonne ou mauvaise volonté de l’occupant dans l’exécution de ses obligations, des situations respectives du propriétaire et de l’occupant, de l’âge, de l’état de santé, de la situation de famille et de fortune de chacun, des circonstances atmosphériques, et des démarches de relogement entreprises.

Votre propre situation compte donc : un bailleur qui démontre que l’impayé le met en difficulté pèse sur la décision, à condition de l’avoir documenté.

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Le jugement est obtenu et le locataire ne part pas ? Chaque étape de l'exécution a ses délais et ses leviers. Le cabinet pilote la phase qui va du commandement à la libération des lieux. Vous pouvez nous contacter au 06 27 91 86 11 ou

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La trêve hivernale suspend l’exécution, pas la procédure

Du 1er novembre au 31 mars, il est sursis à toute mesure d’expulsion non exécutée, sauf si le relogement des intéressés est assuré dans des conditions suffisantes respectant l’unité et les besoins de la famille. C’est l’article L. 412-6 du Code des procédures civiles d’exécution.

Le mot important est « exécutée ». La trêve ne gèle pas le dossier : commandement de payer, assignation, jugement, commandement de quitter les lieux et demande de concours restent possibles pendant l’hiver. Seule l’expulsion physique attend le 1er avril. Attendre le printemps pour agir, c’est perdre six mois.

Deux exceptions existent. Le sursis ne joue pas lorsque l’expulsion a été prononcée en raison d’une introduction sans droit ni titre dans le domicile d’autrui par manœuvres, menaces, voies de fait ou contrainte. Et le juge peut le supprimer ou le réduire lorsque l’entrée s’est faite dans un autre lieu par les mêmes moyens.

Fenêtre d'appartement ancien couverte de givre, toits parisiens enneigés en arrière-plan
Du 1er novembre au 31 mars, la trêve suspend l’exécution de l’expulsion, pas la procédure elle-même.

Demander le concours de la force publique

Si l’occupant n’a pas quitté les lieux à l’expiration du délai, le commissaire de justice dresse un procès-verbal de tentative d’expulsion, puis adresse au préfet une demande de concours de la force publique. L’État est tenu de prêter son concours à l’exécution des titres exécutoires, et son refus engage sa responsabilité.

En pratique, le préfet répond rarement par un refus explicite. Son silence de deux mois vaut décision de refus, et c’est à partir de cette date que la responsabilité de l’État est engagée. Cette règle, longtemps jurisprudentielle, est désormais écrite à l’article R. 154-1 du Code des procédures civiles d’exécution.

Façade en pierre de taille d'un bâtiment administratif français avec un drapeau tricolore
Le concours de la force publique se demande au préfet, dont le silence de deux mois vaut refus.

Refus du préfet : la nouvelle procédure d’indemnisation

C’est la nouveauté que peu de propriétaires connaissent encore. Le décret n° 2025-1052 du 3 novembre 2025 a créé les articles R. 154-1 à R. 154-7 du Code des procédures civiles d’exécution, en vigueur depuis le 7 novembre 2025, qui organisent pour la première fois la procédure d’indemnisation du bailleur par l’État.

Quand la responsabilité de l’État commence

À la date du refus du préfet ou, à défaut de décision explicite, à l’issue des deux mois suivant la demande. Nuance importante : si le refus intervient pendant la trêve ou un délai de grâce, la responsabilité ne court qu’à l’issue de ce sursis.

Comment demander l’indemnisation

La demande s’adresse au préfet qui a refusé le concours, par tout moyen permettant d’établir sa date de façon certaine, accompagnée des pièces établissant la réalité et le montant des préjudices. Ceux-ci doivent présenter un lien direct et certain avec le refus. Le préfet statue sur la responsabilité de l’État, puis propose un montant.

Point à connaître avant de signer : l’indemnisation prend la forme d’une transaction. En l’acceptant, le propriétaire renonce à tout recours sur le même litige, y compris juridictionnel, et s’engage à rembourser l’État des sommes qu’il viendrait à percevoir par ailleurs de l’occupant.

Quand elle s’arrête

La période indemnisable prend fin lorsque le préfet accorde finalement le concours, lorsque les occupants partent, lorsque le bailleur renonce, ou lorsque le bien est vendu.

Le calendrier réaliste après le jugement

Étape Délai à prévoir
Signification du jugement par commissaire de justice Quelques jours
Commandement de quitter les lieux Signifié ensuite, il ouvre deux mois
Délais de grâce éventuels D’un mois à un an
Trêve hivernale Suspension du 1er novembre au 31 mars
Demande de concours de la force publique Deux mois de silence valent refus
Indemnisation en cas de refus Demande au préfet, puis transaction

Ces durées se cumulent : un dossier jugé en janvier ne se libère pas avant le printemps suivant. Le détail des étapes antérieures figure sur notre page combien de loyers impayés avant expulsion.

Les erreurs à éviter

  • Attendre la fin de la trêve pour agir. La procédure se poursuit pendant l’hiver : seule l’expulsion physique est suspendue.
  • Procéder soi-même à l’expulsion. Changer la serrure ou sortir les meubles sans commissaire de justice est une voie de fait, pénalement sanctionnée, même avec un jugement en main.
  • Laisser passer le délai de deux mois sans demander le concours de la force publique, et perdre d’autant le point de départ de la responsabilité de l’État.
  • Accepter une transaction d’indemnisation sans la chiffrer. La signature vaut renonciation à tout recours ultérieur sur le même litige.
  • Négliger l’indemnité d’occupation, qui continue de courir pendant toute cette période et qui se recouvre séparément.

Les évolutions récentes de la matière, notamment celles issues de la loi de 2023, sont détaillées sur notre page consacrée à la nouvelle loi sur l’expulsion.

Le cabinet Chemla Avocat, votre avocat en exécution d’une décision d’expulsion

Le cabinet prend en charge la phase d’exécution, souvent la plus décourageante pour le bailleur :

  • signification du jugement et contrôle du commandement de quitter les lieux
  • défense face à une demande de délais de grâce
  • suivi de la demande de concours de la force publique auprès de la préfecture
  • constitution et chiffrage du dossier d’indemnisation en cas de refus de concours
  • recours devant le tribunal administratif si la proposition de l’État est insuffisante
  • recouvrement parallèle de la dette locative et de l’indemnité d’occupation
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Le préfet ne répond pas à votre demande de concours ? Depuis novembre 2025, une procédure d'indemnisation existe, avec ses délais et ses pièges. Vous pouvez nous contacter au 06 27 91 86 11 ou

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Maître Johanna Chemla - Avocat à Paris

Rédigé par

Maître Johanna Chemla

Avocat au barreau de Paris et spécialisée dans les domaines du droit de la construction et de l'immobilier, droit des énergies renouvelables et droit des expulsions locatives. Maître Chemla détient également une spécialisation en droit des contrats et des pratiques commerciales de l'Université Paris Est – Paris XII.

Questions fréquentes

Quel délai après un commandement de quitter les lieux ?

Deux mois. L’article L. 412-1 du Code des procédures civiles d’exécution interdit toute expulsion d’un lieu habité avant l’expiration de ce délai. Il peut être réduit ou supprimé par le juge, et il ne s’applique pas en cas de mauvaise foi constatée ou d’entrée dans les lieux par voies de fait.

Quelle différence entre commandement de payer et commandement de quitter les lieux ?

Le commandement de payer ouvre la procédure : il réclame l’arriéré et laisse six semaines pour régulariser. Le commandement de quitter les lieux intervient après le jugement d’expulsion : il demande la libération du logement et ouvre un délai de deux mois avant l’intervention du commissaire de justice.

Combien de temps dure une expulsion après le jugement ?

Comptez au minimum deux mois après le commandement, auxquels s’ajoutent les délais de grâce éventuels, d’un mois à un an, la trêve hivernale si l’on se situe entre le 1er novembre et le 31 mars, et le temps de réponse du préfet, dont le silence de deux mois vaut refus.

Que faire si le préfet refuse le concours de la force publique ?

Vous pouvez demander à l’État de réparer votre préjudice. Depuis le décret du 3 novembre 2025, la demande s’adresse au préfet qui a refusé, avec les pièces justifiant les préjudices. L’indemnisation prend la forme d’une transaction, qui emporte renonciation à tout recours sur le même litige.

Peut-on expulser pendant la trêve hivernale ?

Non, sauf exceptions. Le sursis du 1er novembre au 31 mars ne s’applique pas lorsque l’expulsion a été prononcée en raison d’une introduction dans le domicile d’autrui par manœuvres, menaces, voies de fait ou contrainte, ni lorsqu’un relogement suffisant est assuré. La procédure, elle, se poursuit normalement.

Références

Ce contenu est une information générale sur l’exécution des décisions d’expulsion. Chaque dossier s’apprécie au cas par cas, au regard du jugement obtenu, de la situation de l’occupant et de la date des actes.